Les apprentissages autonomes

Je vous disais l’autre jour que je m’étais beaucoup interrogée sur la scolarisation de notre Poo. Je développe? Je développe.

En 2015, j’ai accueilli dans ma classe de CE1 un élève qui n’avait pas été scolarisé au CP. J’avoue que je m’attendais vraiment à rencontrer un petit garçon asocial, renfermé, avec de grosses lacunes scolaires. Il s’est avéré être excellent en mathématiques, bien au-dessus du niveau attendu en début de CE1, lecteur mais sans plus et l’expression écrite n’était clairement pas son fort. Pour ce qui est du côté social, il fut VRAIMENT porteur de la classe. Il réussissait à éveillé l’introverti et à apaisé le survolté. Il était fort, très fort. Le genre de petit garçon que tout le monde veut avoir dans son équipe, à côté de qui tout le monde veut s’assoir. Bref.

J’ai rencontré la maman, qui m’a dit avoir fait l’école à la maison pour quatre de ses cinq enfants l’année précédente, s’appuyant beaucoup sur la pédagogie Montessori, à laquelle elle s’était formée. Elle m’a prêté des livres (je suis née curieuse et j’avoue que ce petit bonhomme avait bien fait volé en éclat mes idées reçues!) et m’a parlé de ce documentaire, « être et devenir« .

On l’a regardé pendant les vacances de noël avec l’Homme, et il m’a énormément touchée, bousculée. D’abord, il m’a fait réaliser qu’on POUVAIT ne pas aller à l’école. Je devais le savoir, légalement parlant, mais de là à le voir vécu, c’était autre chose. Et puis « Etre et devenir » présente une facette particulière de l’Instruction En Famille (IEF): Le Unschooling, ou Instruction Informelle. L’idée, en très gros, est que tout enfant est né pour apprendre et que si l’on se « contentait », nous adultes, de les nourrir de choses et d’autres, ils apprendraient tout ce dont ils ont besoin, avant de prendre eux-même la relève et d’aller chercher ce qui leur manque. Ils seraient ainsi responsables de leurs apprentissages, actifs plutôt que passifs comme on peut PARFOIS l’être à l’école. Je vous invite fortement à aller lire cet article qui présente le Unschooling et les apprentissages informels sur le site Les enfants d’abord.  André Stern en parle aussi très bien, vous pouvez aller voir les vidéos de Jean-Pierre LEPRI, Inspecteur de l’Education National à la retraite (un peu extrême), sur You Tube, ou encore cette vidéo de Ken Robinson qui va dans le même sens je trouve.

C’est vraiment cette facette là de l’école à la maison qui m’a secouée, cette idée d’Apprentissages Autonomes, cette notion que finalement, si je laissais mon fils jouer, courir, lire et discuter, il acquerrait non seulement les Fondamentaux du programme scolaire mais aussi ce qui vraiment aurait du sens pour lui.

J’ai beaucoup lu: « Insoumission à l’école obligatoire » de Catherine Baker (un peu extrême à mon goût), « Les apprentissages autonomes » de John Holt, l’exemplaire du magasine PEPS sur le thème « Grandir sans école » était particulièrement riche. J’ai écumé internet à la recherche de blogs (allez voir http://www.addfunandmix.com/ ou la bande dessinée en construction des jolis sauvages), de témoignages. Intellectuellement, j’étais très attirée par ce mode de fonctionnement, cette histoire d’apprentissages autonomes, ça me parlait. Je l’avais vu en classe, je l’avais vécu en tant qu’élève: c’est ce qui nous intéresse que l’on apprend facilement, que l’on retient, que l’on approfondit avec plaisir, avec bonheur.

Sauf que. Sauf que mon fils ne grandit pas dans ma tête. Il évolue dans une société en constante évolution, parfois violente, parfois bienveillante, et dans laquelle TOUT LE MONDE VA A L’ECOLE. Et c’est là que pour moi, ça bloque. Je suis une grande indécise, de façon générale, mais j’avoue que cette question de l’école m’a fait entrer dans la catégorie professionnelle des gens qui vivent avec  des « oui, mais si… »

Non, mon Poo n’a pas besoin de l’école pour acquérir le contenu des programmes scolaires ( en tout cas jusqu’à la fin de l’école élémentaire). Oui, au vu des classes surchargées, des rythmes soutenus et de la taille de la cour de récréation goudronnée, il serait certainement mieux hors de l’école. Mais oui, il a aussi besoin d’un temps sans moi, hors de sa famille, pour grandir et se construire. Pour revenir chargé de neuf, de belles choses accomplies et d’exploits à raconter. Et j’ai aussi besoin d’un temps sans lui, soyons honnête, d’un temps pour moi.

Alors quoi? Et bien le dilemme reste entier. Il a fait sa rentrée en Petite Section cette année dans l’école publique de secteur, où il va quatre matinées par semaine. Tout s’y passe plutôt bien pour lui: La séparation se fait sans soucis le matin, il a l’air content d’y aller. L’enseignante s’est déjà plainte de son non respect des règles: il ne lève pas la main, il s’assoit en tendant les jambes au lieu d’être en tailleur, il ne reste pas sans bouger devant son porte-manteau. A trois ans, après deux semaines d’école, je vous laisse juges.

Et vous, vous en pensez quoi de ce unschooling? Comment pourrait-on réformer l’école française afin de laisser à l’enfant un tel espace de liberté?

Au plaisir de vous lire,

La Licorne

La photo d’en-tête a été prise à big Sur, Californie.